Naître à nouveau – Déposer ce qui est porté

Une question de place

Lorsqu’on part à la recherche de son identité profonde, il est parfois nécessaire d’interroger ses racines. Peut-on construire un mur solide sur des fondations incertaines?

Pour les « enfants-roue-de-secours », les « enfants-parents », les « enfants-béquilles », les « enfants-petits adultes », un souci de place se pose dès le plus jeune âge. D’une façon ou d’une autre, ils portent leurs parents. Une fois devenus indépendants de ces derniers, peut-être en couple, peut-être eux-mêmes parents, ils n’arrivent pas à lâcher-prise. Ils portent tout et tout le monde, tout le temps.

Les entrailles tendues à se rompre, ils sont des personnes fiables et solides pour les autres mais à l’intérieur, ils sont courbés sous un poids insoutenable.

Une question de poids

Parfois, ce que l’esprit vit, le corps l’exprime. Certains enfants portant un poids trop lourd peuvent voir leur corps s’épaissir au fil des années. Craquant de partout, poussant à bout les os et les organes, l’habituant à la douleur. Une douleur de tant porter. Les kilos ont une fonction : représenter l’anomalie, la charge trop grande pour des épaules d’enfant.

La solution : Renaître !

« (…)Pour renaître, un homme doit d’abord mourir. (…) Mourir signifie faire basculer sa propre vision. Mourir, c’est disparaître d’un monde trivial où domine la souffrance pour reparaître dans un ordre supérieur. »
Extrait de « L’école des dieux » de Stefano Elio D’Anna

Pour cesser de porter tout et tout le monde, il faut déposer le fardeau initial, laisser mourir cette partie de soi, ce bon vieux boulet tellement familier.
Les enfants-parents doivent rendre leurs destins à leurs parents, reconnaître que ces derniers avaient/ont la capacité de gérer leur vie. Ils doivent déposer ce qui ne leur appartient pas (ce qui a été donné par les parents consciemment ou pas et ce qu’ils ont pris consciemment ou pas), reconnaître leur position d’enfant (« je suis petit et vous êtes grands »), recréer spirituellement le lien familial, redonner à chacun sa place, afin de pouvoir laisser l’enfant devenir adulte, responsable de son propre destin.  Lorsqu’on ne porte plus, on rend à l’autre la responsabilité de lui-même et on garde pour soi une juste responsabilité (celle de soi-même). On change le regard que l’on porte sur soi-même et sur les autres.

Par ailleurs, dans le cas d’une prise de poids, en déposant le destin de ses parents, on dépose aussi ses kilos-destins, libérés de la raison profonde de leur existence.

Renaître, c’est oser aller vers l’inconnu:  « qui serais-je puisque je ne suis plus l’enfant-parent ? ». Que faire d’autre lorsqu’on a toujours porté, tout et tout le monde ? C’est le seul mode de fonctionnement connu. Qui serais-je sans mes kilos?

Un fois le destin des parents déposés, un autre espace relationnel à soi et aux autres s’installe, une autre façon d’être. On apprend à s’appuyer sur les ressources existantes (parfois cachées par des kilos mentalement envahissants) et à en créer de nouvelles. En effet, lorsqu’un membre du système (un groupe humain, en l’occurrence la famille) bouge, le reste du système bouge avec lui. Rendre à chacun une juste responsabilité, c’est permettre à chacun et à soi-même une renaissance, un nouveau « moi ». Lorsqu’on ne porte plus, les membres se relâchent. Ils se détendent. Viennent alors la sérénité, la capacité de décision, le respect de soi et la liberté d’être.

L’être humain est créateur. C’est en s’appuyant sur ses capacités créatrices que l’enfant intérieur va ré-inventer l’adulte. En marche vers un nouveau soi…

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Paroles du nouveau né :

« Lève-toi, corps courbé,
Boule de chair meurtrie !
Regarde les autres corps.
Eux aussi se lèvent
Dans l’aube nouvelle.
Ajuste-toi, mécanique circulaire ! 
Que chacun reprenne sa place.
Que l’on réécrive l’histoire ensemble.
Nous sommes liés.
Rien ne peut nous délier.
Nos âmes se sont choisies.
Je dépose vos destins.
Ils ne m’appartiennent pas.

Je vous rends ce que je vous ai pris.
Vous êtes qui vous êtes.
Je suis qui je suis.
J
’ouvre mes poumons.
Je nais enfin.
En un cri, je suis. »

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